"La magnifique humanité"

«La magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif: ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble». L’incipit de la première encyclique de Léon XIV – Magnifica humanitas, «sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle» – en résume les raisons fondamentales et l’objectif. Publiée aujourd’hui, lundi 25 mai, elle a été signée par le Souverain pontife le 15 mai dernier, à l’occasion du 135e anniversaire de la promulgation de Rerum novarum de Léon XIII. Et le Pape Léon XIV a repris l’héritage de son prédécesseur, en rédigeant une encyclique sociale qui aborde l’un des principaux défis de l’époque contemporaine: l’intelligence artificielle.

Subdivisé en cinq chapitres, auxquels s’ajoutent une introduction et une conclusion, Magnifica humanitas part d’un postulat: la technologie n’est pas une «force antagoniste par rapport à la personne», ni «un mal en soi». Cependant, «elle n’est pas neutre, car elle prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent, la régulent et l’utilisent». D'où l'appel du Pape à «construire le bien» et à «rester humains», en suivant la logique de la coresponsabilité courageuse, de la subsidiarité, de la communion, afin que «le monde puisse reconnaître… au cœur de l'être humain, le lieu où Dieu désire habiter».

La doctrine sociale de l’Église est une théologie de la communion

Le premier chapitre – Une pensée dynamique fidèle à l’Évangile – retrace l’évolution de la Doctrine sociale de l’Église (DSE) dans le magistère récent et au Concile Vatican II, en mettant en lumière «son caractère dynamique» . Loin d’être «un recueil de principes et de normes à appliquer», la DSE est plutôt «un chemin de discernement communautaire», une «théologie de la communion dans l’histoire»  qui oriente la lecture des événements à la lumière de l’Évangile. Léon XIV rappelle la pensée de ses prédécesseurs: de Pie XII – le premier à employer l’expression «doctrine sociale de l’Église» dans l’exhortation apostolique Menti nostrae de 1950 – au pape François, en passant naturellement par Rerum novarum de 1891, qualifiée de «jalon dans l’évolution du Magistère social» (30). À leur époque respective, chaque successeur de Pierre «a fait ressortir différents aspects d’un patrimoine unique: la dignité de la personne, la valeur du travail, la destination universelle des biens, la solidarité et la subsidiarité, la sauvegarde de la création, la centralité de la paix et de la fraternité.».

Protéger la dignité humaine: la personne n’est pas une ressource à exploiter

Dans le deuxième chapitre, Léon XIV énumère les «fondements et les principes de la doctrine sociale de l’Église»: parmi les premiers, il cite la dignité de la personne, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il est nécessaire de le rappeler car la pression exercée par «de nouvelles idéologies» et par «certains intérêts très puissants» peut réduire la personne à une «ressource à utiliser et à exploiter» ou à «ce qu’elle réalise ou produit». Au contraire, «la dignité fondamentale de chaque personne ne s’acquiert pas, ne se mérite pas et n’a pas besoin d’être démontrée». Un deuxième fondement de la DSE est l’inviolabilité des droits humains, parmi lesquels le premier est celui à la vie «de sa conception à son terme naturel» : à cet égard, Léon XIV définit l’avortement provoqué, le meurtre d’innocents et l’euthanasie comme des «choix gravement illicites» . Le troisième fondement est la reconnaissance des droits des minorités, avec une attention particulière pour les femmes : en leur faveur, le Souverain pontife demande des «choix concrets» dans les lois, le travail, l’éducation, les responsabilités sociales et politiques, afin qu’elles soient véritablement écoutées et valorisées.

Il est immoral et inacceptable d'éliminer ou d'asservir une nation

Quant aux principes de la DSE, Léon XIV en énonce cinq: le premier est le bien commun, «forme sociale de la dignité reconnue à chacun» . Sur un point, le Pape est particulièrement catégorique: «La promotion du bien commun ne peut jamais être dissociée du respect du droit des peuples à exister, à préserver leur identité et à apporter leur originalité à la famille des nations». Par conséquent, «toute tentative ou tout projet visant à éliminer ou à soumettre une nation est gravement immoral et donc inacceptable».

La technologie ne doit pas être concentrée entre les mains de quelques-uns

Le deuxième principe concerne la destination universelle des biens: ici et à d’autres endroits de l’encyclique, Léon XIV insiste sur la nécessité que les connaissances et les technologies ne soient pas concentrées entre les mains de quelques-uns, creusant ainsi le fossé entre ceux qui sont inclus et ceux qui sont exclus de la révolution numérique. En découlent le troisième et le quatrième principe, à savoir la subsidiarité – qui exige de dépasser le paternalisme et l’assistanat au profit de la coresponsabilité – et la solidarité, «principe et vertu» qui s’oppose à l’indifférence et tient compte des peuples et des générations futures.

La justice sociale et les migrants comme «test »

Le cinquième principe de la DSE indiqué par le Pape est la justice sociale: à l’ère numérique, elle doit garantir à tous un accès équitable aux opportunités, protéger les plus fragiles, lutter contre la haine et la désinformation, soumettre à un contrôle public l’utilisation des données et des technologies, «afin que le critère ne soit pas le seul profit, mais la dignité de chaque personne et le bien des peuples» . Léon XIV désigne les migrants, les réfugiés et les personnes déplacées comme un «un test décisif» dans ce domaine: la manière dont la société les traite montre «si l’idée de justice est guidée par la peur ou par la fraternité». D’où l’appel à préserver le «droit à l’espoir» de ceux qui sont contraints de partir, en leur garantissant des voies sûres et légales, un accueil digne et une intégration; et à promouvoir «le droit de rester» pour chacun sur sa propre terre, en paix et en sécurité, en s’attaquant aux «causes profondes» des migrations.


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